06 mai 2014

On en a viré un qui manoeuvrait

Quand on manoeuvre un navire, il faut être habile. Sinon, c'est au mieux l'échouage sur une plage déserte, au pire une étrave déchirée par des rochers recouverts d'eau. Dans une carrière c'est pareil, on a droit à plusieurs bateaux mais il est préférable de démontrer qu'on manoeuvre habilement.

Dans notre big, il y a de véritables navires-prisons. Un petit mousse grattait bien le pont, courbé et briquant sous l'oeil lubrique d'un officier le bois qui avait déjà été nettoyé mille fois. Il en avait marre et espérait meilleur avenir. Sorti parmi les meilleurs de sa promo de l'école de Marine, il s'était retrouvé à cette place peu enviable malgré toutes ses protestations. Son capaitaine l'avait recruté et comptait bien le tester, le former et l'utiliser au mieux pour assurer une rentabilité phénoménale à son navire.

Le petit mousse, un peu têtu, impatient et peu respectueux des codes de conduite, a profité d'un passage au port pour tisser des liens avec le capitaine d'un autre navire. Ce dernier le trouvant fort bien et persuadé qu'il pourrait utiliser au mieux ses compétences acquises à l'école, lui proposa de le rejoindre sur son beau bateau. Il y eut une entrevue entre les deux capitaines pour parler affaires et organiser un transfert du mousse sur le nouveau bateau. Son capitaine ne l'entendit pas de cette oreille et en prit ombrage.

Que croyez-vous qu'il fit ? Il fit parvenir un message au petit mousse, lui demandant de ne pas revenir sur son bateau et de quitter séance tenante le port à la nage. Aucun bateau de la compagnie – ou plutôt de la firme – ne l'accueillerait plus. On lui balança ses affaires dans l'eau grisâtre du port et il put récupérer ses frusques juste avant de quitter la contrée.

C'est ce qui fut fait, ça ne rigole pas dans la marine !

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27 novembre 2013

La Firme

J'approche donc, un léger pincement au coeur, du somptueux building de « La Firme », comme elle aime à se surnommer. Le fier à bras n'en mène plus large, malgré son éternelle et indéfectible confiance en lui à l'approche du « Paquebot », comme le nomment tous les consultants et auditeurs. Mes sens se mettent à l'affût et j'observe sans cesse, comme si l'on m'épiait déjà derrière les immenses baies vitrées fumées du gros immeuble qui ne resemble pas trop à un navire de luxe.

Ici personne ne me guette, peu d'attention étant portée à la personne. Je ne suis qu'un consultant débutant de plus – j'ai été recruté par le pôle conseil – et je me mets sur les rails qui ont été tracés pour tout le monde. Ma personnalité n'importe que très peu, pouvu qu'elle me permette de répondre aux attentes de mes patrons et de me fondre dans le moule qui est imposé.

Un ancien de mon école m'a prévenu, me décrivant des horreurs que je n'ai pas vraiement comprises ou qui ont au contraire suscité chez moi l'envie. Au lieu de fuir, ma volonté naïve d'en découdre, d'entrer dans la vie active par la grande porte, d'avoir un aperçu du monde du conseil avant de décider de mon orientation future m'ont propulsé vers le paquebot.

Déçu de voir que je persistais à vouloir entrer dans ce «Big », il a conclu notre échange par sa sentence « c'est peut être un cabinet d'audit. Pour ce qui est du conseil, il est certain que ce n'est pas ça le métier, malgré ce qu'ils en affichent ».

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