19 mai 2015

Le type qui dit non

Il y a un autre consultant avec lequel je suis entré en concurrence. Etant arrivés à peu près en même temps et affectés au même projet, nous nous sommes rapprochés et serré les coudes sans que nous soyons vraiment amis. Il a fini par avoir du mal à cacher une sorte de jalousie chaque fois que j'étais plus en avant que lui : interventions dans les réunions, mis en valeur par un supérieur... Toute occasion était bonne pour qu’il reste dans une sorte de dénigrement maladif.

Je suis passé, le concernant, par toutes les étapes. D'abord étonné, je suis vite devenu énervé par son agitation contre moi alors qu'il me semblait que je lui avais donné toute ma sympathie malgré notre évident manque d'affinités. J'ai ensuite eu pitié de lui quand je me suis rendu compte qu'il n'avait pas vraiment sa place dans le Big – pire que moi - tant il commettait d'impairs au niveau de la communication en ouvrant trop la bouche.

Ce qui m'exaspérait le plus était lorsqu'il voulait avoir le dessus en toutes circonstances : les discussions s'enflammaient à cause de lui qui se plaçait dans une situation de contradiction. Une fois qu'il s'était rendu à l'évidence que sa contradiction était une erreur, il persistait en ajoutant des arguments indéfendables destinés uniquement à justifier sa postion.

Lors d'une réunion interne, un associé posa une question technique à laquelle je répondis. Il trancha ma réponse par un «non» sans appel et contradicteur, me coupant tous mes effets. J'ai laissé la suite se dérouler tout en cherchant sur Internet à prouver que j'avais raison et ai enfin pu le démontrer. Quelques minutes plus tard, il recommença. Excédé et du tac au tac, je lui répondis « au lieu de dire non, donne la solution », piètre rime énervée qui eut le don de faire rire tout le monde, sauf lui, ouf !

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09 septembre 2014

Nous pipotons - partie 2

Mon discours ressemblait à peu près à cela :

"Vous comprenez, il y a plusieurs façons de prendre le problème. La première..."

Je vous épargne le discours trop théorique. Il y avait trois possibilités, dont une à éliminer d'emblée et deux qui devaient me permettre de tester le client et déterminer ce pour quoi il était mûr. La fin de notre conversation se déroula sur une fort belle conclusion-dérapage de ma part : "dans votre situation, un certain niveau de remise en cause, et par conséquentde refonte de votre organisation, me semble indispensable". Le client m'a alors regardé, perplexe, et je ne saurai jamais si c'est parce qu'il était en train de se dire qu’il était ahurissant d’entendre des stéréotypes pareils – ce que j'aurais pensé à sa place - ou si j'avais réellement réussi à lui insuffler une piste nouvelle de transformation radicale de son organisation.

La situation où je me retrouve seul face à un client d'un aussi haut niveau ne s'est jamais reproduite et n'aurait jamais dû se produire, vous vous en doutez. Mais j'en suis sorti avec la ferme idée que les clients étaient fort démunis et que le bon sens pouvait avoir raison des pires problèmes, tout en restant étonné qu’il se trouve en ce bas monde autant de personnes prêtes à nous payer aussi cher pour entendre 80% de poncifs indispensables à l’émergence des 20% de vérités.

Ah, ce que c'est beau d'être consultant !

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02 septembre 2014

Nous pipotons - partie 1

Comment peut-on facturer aussi cher un client en lui plaçant des personnes aussi jeunes sur les missions qu'il nous confie, me demanderez-vous ? En ne fournissant que des têtes bien faites et bien pleines qui sauront vite s'adpater à la situation. Apprendre toutes les postures du consultant, la retenue nécessaire, le sérieux et la capacité à parler comme un professionnel de sujets dont il ne connaissaient rien avant de monter sur la mission. Ce sont des prouesses réalisables uniquement avec des gens comme nous. Ma plus grande surprise s’est produite lorsque un client, qui paraissait bien plus âgé que mon grand-père, me posa une question complexe lors d'une entrevue où ni mon manager ni mon Partner n'avaient pu venir.

"Que croyez-vous que je doive faire ?" avait-il demandé, désemparé comme un frêle héraut venant de se prendre un coup de masse d'arme d'un chevalier teutonique, le heaume écrabouillé comme une canette de soda autour du crâne du malheureux.

Il était trop accaparé par sa question pour lire sur mon visage la stupeur et l'horreur de la situation. Comme je n'aime pas laisser un blanc dans la conversation, j'ai aussitôt commencé à échaffauder un discours qui démara très mal. M'en rendant compte et récupérant mon sang froid, je lui ai demandé d'oublier ma première phrase et me suis ressaisi. Concentré au maximum, baissant les yeux je me suis mis, tout en parlant, à penser à ce que j'allais dire par la suite. Je me suis surpassé, quoi. J'ai malheureusement été peu pertinent dans mon discours qui n'aurait pas tenu longtemps face à un consultant expérimenté.

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27 novembre 2013

Sortie d'école

Je marche fièrement dans la rue, quasiment plus gonflé par mon costume que par la ènième réussite de ma courte vie. Les gens qui me croisent doivent trouver que j'ai l'air d'un gamin boutonneux déguisé en homme d'affaires tandis que je me prends pour le petit génie à qui tout va réussir.

Tout frais émoulu de mon école de commerce, j'ai été admis dans l'un des plus prestigieux cabinets de la planète. Un des fameux "big four" ou presque, un petit qui talonne les 4 plus grands et est dans les dix premiers cabinets d'audit et de conseil au monde, vous vous rendez compte !.

Regardez mon torse bombé et la fierté de mon costume de marque payé avec l'argent de Papa et Maman et auquel je compte bien donner un petit frère très prochainement grâce à ma première paye. Soulignons au passage que, si tout se passe bien, cette fameuse première paye touchée dans un mois me propulsera du rang d'improductif total à celui des 10 pourcent de français les mieux payés.

Il faut me pardonner ce moment de faiblesse et d'orgueil mal placé. C'est promis, vous n'en aurez plus par la suite, à quelques sursauts près, sinon mes propos n’auraient aucun intérêt. J'ai passé à peu près un an dans « Big » et compte bien vous en raconter quelques unes de bien croustillantes. C'est un monde tellement à part de celui de l'entreprise traditionnelle que je n'imaginais pas les modes de fonctionnement et codes qui sont les siens et qui m'ont permis de redescendre bien vite de mon petit nuage naïf et vaniteux.

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