23 mai 2018

Le partner, dieu vivant

Oui, nous recyclons quelques vieux articles pour le moment (ils ont en moyenne été publiés il y a plus d'un an). Celui-ci date de janvier 2014.

 

Vous l'avez donc compris, il y a deux types d'humains dans le "Big" : les petits aspirants génies et les seuls, uniques, géniaux, fantastiques, les vrais dieux vivants. Bref, les associés du cabinet, ou "partners" en bons franchouillards imitateurs que nous sommes.

Cet être supérieur n'a de cesse de vous prouver que vous ne jouez pas dans la même cour que lui et qu'il tient son rang dans la mêlée de ses pairs. Il n'est pas obligé de vous dire bonjour, même s'il entre dans le même ascenseur que vous et vous bouscule pour que vous vous écrasiez dans un coin. Il peut vous accorder de lui serrer la main, mais uniquement pour vous décontenancer et pour que vous vous interrogiez longtemps quant à la raison de ce geste. Quand il ouvre la bouche, ce n'est pas pour dire une futilité. Péremptoire et sûr de lui dans l’affirmation comme dans le questionnement, il a la posture qui convient à son rang. Il est, de par son statut, obligé d'avoir un avis ou une réplique sur tout.

Ce n'est qu'en me remémorant la scène de la poignée de mains, le soir dans les transports après une journée riche en événements qui m'avait fait oublier cet impair, que je me suis demandé quels sont ces êtres humains qui peuvent se permettre de se croire tellement supérieurs qu'ils en viennent à imposer un code destiné à bien marquer cette diffférence qui les place dans un "monde d'au-dessus". Comment se fait-il qu'il puisse exister des êtres qui croient que leur simple position dans une hiérarchie asseoit définitivement leur supériorité sur tous les plans, y compris le côté humain ?

La réponse était devant mes yeux et allait progressivement se révéler à moi au cours de mon voyage initiatique chez eux : c'est justement parce qu'ils ne maitrisent nullement l'aspect humain que ces gens jouent ainsi.

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14 avril 2015

Un mec worldwide

S'il y a bien un truc important pour la firme, c'est le réseau. En effet, la firme n'est pas une multinationale ayant ses ramifications dans tous les pays de la planète. Non, ses dizaines de milliers de salariés font en fait partie d'un « réseau » d'entreprises juridiquement décorrélées. Vous avez compris, une fois de plus : la gestion des risques ! S'il arrivait une mésaventure dans un pays entrainant la chute de la « succursale » de la firme, les autres ne seraient pas juridiquement solidaires et leur survie ne serait ainsi pas en danger.

Il n'en reste pas moins que la véritable prise d'envergure, pour un associé ou un apprenti (à-)sorcier, est la montée en puissance au niveau international. Il faut s'agiter, se montrer dans les comités transverses, être le fer de lance, en France, d'une nouvelle stratégie décidée par un « board » global. On dit ainsi qu'un sujet est « worldwide », c'est à dire de portée mondiale. Ainsi, un responsable siégeant dans un comité au niveau transverse « monde » a-t-il une envergure mondiale. On dit qu'il est « worldwide ».

« Ce mec est worldwide, tu ne te rends pas compte ! Il a un poids phénoménal, tu ne peux pas négliger ça. Travailler pour lui, c'est pouvoir grimper les steps de la firme et gagner en frime !

C'est en effet un anglicisme un peu barbare, mais on n'a pas trouvé mieux pour faire bien, anglo-saxon, pour être branché et pour acquérir aussi, lorsqu'on imite les grands qui ont un véritable métier avec des responsabilités, une renommée « worldwide ».

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17 mars 2015

Hiérarchies

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Chez nous les aveugles sont les consultants, les borgnes sont tous ces managers qui les gouvernent dans une joyeuse pagaille. La pyramide est plutôt étrange. Il y a un paradoxe évident : beaucoup trop de chefs semblent s'agiter dans tous les sens, nous mettre le grappin dessus et se tirer dans les pattes de la manière la plus feutrée qui soit – comme la moquette la plus épaisse de l'étage des gourous - tandis que ces postes tant convoités de management semblent hors d'atteinte. Il y a 3 niveaux avant de devenir dieu vivant de second ordre, c'est à dire un petit manager. En ce qui concerne le niveau de dieu vivant de premier rang (associé), environ 15 à 20 ans seront nécessaires pour espérer l’atteindre, en cas de parcours sans faute relevant plus de la politique que de la compétence.

Une fois le niveau suprême atteint, il y a encore toute une hiérarchie obscure qui fait que l’on peut partager ou non les bénéfices de la société, décider ou non des grandes orientations, coucher ou non avec… Hum, je voulais dire augmenter ou non son périmètre d’influence autant que le salaire des castes « inférieures », avoir ou non une belle voiture permettant – ou non - de loger toute la progéniture officielle - ou non - etc.

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10 février 2015

Du balai !

Il y a plusieurs manières de progresser dans notre « Big ». L'une d'elle est de faire le ménage au-dessus de soi. L'autre jour un associé très haut placé s'est fait mettre à la porte pour une raison que j'expliquerai un peu plus tard. Il a commis une énorme faute et a été contraint de quitter la firme au terme d'une rocambolesque histoire.

Sa malversation ayant été découverte, il a trouvé un accord pour partir la tête haute. La version officielle qu'il partage avec le reste du top management de la firme est qu'il préfère « changer et mener des projets personnels ».

Le temps qu'il passe ses dossiers à d'autres, son départ a été annoncé, l'échéance étant fixée un mois et demie plus tard. Aucune annonce officielle néanmoins. C'était juste un accord entre lui et eux, histoire de ne froisser personne, de ne pas perdre la face vis-à-vis du client et probablement de trouver un terrain d'entente pour conclure cette lamentable histoire.

Deux semaines après conclusion de cet accord, au petit matin – vers 9 heures tout de même – dans des bureaux déserts, notre associé malfaiteur a été contraint de rendre son matériel et de quitter sur le champ la société pour ne plus y revenir. Sous l'effet de la surprise, l'étonné devint récalcitrant et dut être reconduit manu militari à la porte, sans avoir le temps de nettoyer les informations de son Smartphone et de son PC. L'énervement a dû provenir de la présence de 3 associés et de deux vigiles, avant même qu'on lui demande poliment de quitter les lieux.

Et, discrètement positionnée non loin de la scène, une femme. « Poker face », comme on dit dans le milieu - surtout ne laisser transparaître aucune émotion..Une associée aussi. Elle n'a rien manqué de la scène et nul ne pouvait dire si elle était compatissante ou réjouie. Elle ne pouvait, en tout cas, être neutre, son visage d'un inexpressif surjoué interdisant cette interprétation.

C'est elle qui a fait plonger le malfaisant en dénonçant ses activités frauduleuses.

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27 janvier 2015

La Marge

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Mon Big resemble à une société normale mais n'en est pas une. Il s'agit plutôt d'un système mafieux mis en place pour enrichir quelques-uns -  plus de deux cents associés en France tout de même – au détriment d'un grand nombre de personnes dont on exploite la jeunesse. Si la définition est un peu péremptoire, la démonstration par les faits me semble éclatante.

YI&I est en effet une entreprise dont les résultats sont pilotés par... la marge. Bon an, mal an, l'objectif fixé est autour de 40%. Il permettra de dégager suffisamment de bénéfices nets nécessaire pour rémunérer grassement tous les associés.

Prenez un consultant junior facturé 1000 Euros 200 jours l'an. Déjà, ce qui n'est pas tout à fait normal est le montant facturé au client – 1000 Euros la journée - pour un jeune diplomé. Son salaire chargé représente moins de 30% de cette somme.

Les frais de structure sont énormes. Locaux, matériel, dépenses somptuaires, frais de personnels support (assistantes, services internes) et de personnels non facturés représentent 30 autres pourcent. Le reste est de la marge brute.

Vous trouvez ces chiffres normaux ? Convertissez en Euros : 40 pourcent de marge d’un consultant facturé 200 000 font 80 000 Euros (alors que son salaire est d’environ 35 000). Il pourrait payer, à lui seul, le salaire et les charges d’un autre consultant. Mais non, son salaire ne sert qu’à financer les bonus des associés.

Les consultants non facturés méritent un peu d'attention car c'est là que se trouve la subtilité : pour maintenir cette marge à 40% sur l’année, il faut vite éliminer les personnes qui ne permettent pas de générer sur leur seule facturation cette marge attendue.

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19 août 2014

S'enrichir facile

Quand on est un partner, on n'a pas de problèmes de fins de mois, sauf si on vit au-dessus de ses moyens. On cherche à s'enrichir encore plus, tout simplement. Ainsi un immeuble annexe que loue notre Big est détenu en SCI par 5 associés du cabinet, firme qui leur verse de confortables loyers à peine gonflés...

Un autre associé a créé son cabinet de conseil concurrent en parallèle, puisque son contrat semble l'y autoriser. Quand il effectue une démarche commerciale sur ses heures de travail au Big, il choisit de d'affecter des ressources de son cabinet en priorité, bien évidemment, sauf spécificité qui rend le Big incontournable ou qui le rendrait franchement attaquable pour concurrence déloyale.

 

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Je passe sur les autres malversations qui sont communes à tout type d'entreprise.

Autre sujet limite : les conflits d'intérêt. De manière très simple, le Big est auditeur d'une grosse société à l'international et, en échange, fait en sorte que cette même société soit son unique fournisseur mondial dans sa spécialité. Sympathique retour d'assenceur qui fait penser à des marchés truqués. Dans ce cas, comment peut-on conserver l'impartialité de l'audit ? Où sont les bons sentiments sur les conflits d'intérêts ?

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10 juillet 2014

Du bon jovial

J'atteins rapidement le bureau du directeur du pôle, sorte de ventre énorme sur un corps à peu près aussi large que haut témoignant autant de son coup de fourchette que du volume de son carnet d'adresses. Volume, à défaut de qualité qui lui aurait certainement permis de manger plus diététique lors de ses repas d'affaires, d'avoir certainement de meilleures relations en laissant un peu de soupe pour les autres.

Son regard sourit mais je sens que tous ses radars et scanners me sondent et me placent déjà dans des cases où les euros viendront le récompenser de m'avoir embauché. Je ne le sens pas du tout mais tente neanmoins de sortir mon air jovial, celui qui mêle la fausse humilité à l'empathie (spongiforme) et à la fausse sincérité, celui qui m'a permis d'obtenir 20 à l'oral d'anglais alors que le professeur hésitait à me laisser à 18.

Comme il se lève de son bureau, je crois qu'il va venir vers moi pour m'accueillir et je fais le chemin vers lui et, comble de l'ignorance – erreur monumentale - je lui tends la main ! Je lis sur son visage le viol dont je viens de l'outrager alors qu'il se levait pour simplement ranger un dossier dans son armoire et certainement se donner une contenance alors que j'entrais dans son bureau.

SACRILEGE ! Tu oses toucher un dieu vivant, l'homme qui porte des millions d'euros de chiffre d'affaires, celui qui a la plus grosse... voiture (mais pas la plus longue).

Habitué et magnanime, le gourou produit alors un véritable sourire de comédien d'une pièce de Molière face à un clystère, alors qu'il m'empoigne et me broie mes «five » : « tu sais ici, je te serre la main deux fois : le jour de ton arrivée et celui, le plus tard possible j'espère, de ton départ ». Telle fut sa première phrase...

Inutile de vous dire que la suite de l'entretien, après ma bévue de la poignée de mains, fut pour moi très difficile. Il ne dura fort heureusement qu'un quart d'heure. Pendant toutes ces longues minutes, je me suis dit que j'étais un nul et sans aucun avenir, impulsif et incapable de percevoir les situations, malgré l'ajout d'autres compliments de sa part sur mes supposées qualités relationnelles et sur mes compétences. J'appris plus tard qu'il ne pensait jamais tout ce qui était de la famille du compliment dont il m'avait agoni. Même son espoir de me voir rester le plus longtemps possible était faux.

asso

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01 juillet 2014

Mon grand

Il y a un associé qui parlait à un senior manager bien mûr et grisonnant dans le couloir.

L'associé menait le jeu, disait ce qu'il fallait faire.

Bref, il occupait le terrain, bouffait l'autre, y allait fort.

Ca c'est fini comme ça : "bon, mon grand, je te laisse, tu me fais ce que je t'ai demandé, je relirai ça ce week-end"

 

Mais qui est-il pour appeler ainsi un autre "mon grand" ? Son père (spirituel) ?

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03 juin 2014

J'aime regarder...

Je ne vous ai pas beaucoup parlé d’un sujet qui me tient à cœur : les filles ! Ca y est, nous y sommes et je dois éviter à tout prix de passer pour un vilain macho réduisant la femme à un objet destiné à assouvir nos plus bas instincts.

Et l’instinct, dans le conseil, c’est celui du prédateur, du loup en chasse de ses proies favorites : les clients ! Il faut avouer que, du coup, chasser le client muni des meilleures armes est tout de même plus facile qu’équipé d’un vieux lance-pierres…

C’est, là encore, tout un système qui s’est mis en place : le recrutement et le style de la gent féminine au sein (sic) du Big porte toujours vers des personnes qui ont une apparence très sexy. Du coup le client nous reçoit beaucoup plus souvent, car il sait qu’il augmente ses chances de croiser une jeune et jolie consultante. J’évite de déraper sur les vieilles et moches, ce serait me desservir et donner une mauvaise image de mon cabinet de conseil. Il faut savoir que, en plus d’être jolies, toutes les filles chez nous sont parfaitement compétentes ! Elles apportent aussi un plus que n’ont pas les garçons : le recul, la finesse et la capacité à dialoguer.

 

Il y a eu un jour une erreur de casting : une fille qui préférait les tenues austères aux tenues la mettant en valeur. Elle a très vite eu droit à un entretien au cours duquel il lui a été demandé d’être plus « avenante ». Pas dupe quant à la signification du terme employé, elle a demandé d’en préciser la signification. L’associé menant l’entretien lui a demandé d’être plus « souriante et d’avoir un maintien un peu moins austère », définissant une attitude à adopter tout en entretenant un flou sur la tenue vestimentaire. Je n'ai pas tardé à dégainer mon Internet mobile favori pour obtenir une définition précise de ce mot qui sonne un peu désuet dans ce contexte. Figurez-vous que j'ai trouvé quelques mots juxtaposés qui m'ont éclairés : posture, tenue, fait de maintenir. Si vous voyez où je veux en venir – et cet associé aussi – les filles disposent de nombre d'accessoires pratiques pour se maintenir afin d'avoir bonne tenue. C'est clair !

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27 mai 2014

Ils se détestent

Ne croyez surtout pas que les associés forment une caste unie et infaillible. Ils se détestent entre eux. S’il leur arrive de faire des alliances deux à deux, c’est pour feindre d’oublier qu’ils sont isolés. Rien n’est plus morose que leur vie au quotidien, basée sur tant de faussetés et d’hypocrisie. Ils ont atteint un niveau où la relation réseau n’est plus bon enfant, basée sur le don de soi et le plaisir d’aimer les gens desquels on a reçu.

Tous détestent hitler par-dessus tout, n’hésitant pas à le traiter de roublard, pervers ou ordure devant les consultants, ce qui n’est pas forcément bon, mais l’ordre reste maintenu.

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