28 avril 2015

... et les clandestins s'organisent

Cette fois il s'agit de nos amis de l'audit, mobilisés en grand nombre chez un client stratégique. Ils n'ont pas ménagé leur peine, arrivant souvent dès 7h30 pour ne repartir qu'après minuit plusieurs jours de suite. Bref, ils ont effectué chacun l'équivalent de deux jours de travail payés un seul.

Pour seul remerciement, on les laissa partir en week-end de manière anticipée - 15 heures au lieu de minuit, tout de même – le dernier vendredi de la mission.

Rien d'autre.

Ils ont donc co-signé un courrier envoyé en interne au format papier et via internet – toujours au moyen d'une messagerie gratuite – en mettant en copie toute leur hiérarchie, du simple manager jusqu'au patron du Big, afin que personne n'ignore leurs doléances.

Ils se sont plaints du droit du travail bafoué, du management qui ne savait pas appliquer les principes de base (de la reconnaissance, a minima) et de l'absence totale de gratitutde de la part du Big.

Après une courte période de déni de la part de la direction intermédiaire (c'est à dire un homologue de hitler), ce message a fait des vagues dans les sommets. hitler tenta d'éteindre le feu en octroyant 2 jours de récupération à toute l'équipe et en refusant d'écouter les plaintes sur le fond.

Un nouveau message fut envoyé, des représentants furent enfin convoqués, des discussion entamées pour établir un plan d'actions. Des dédommagements furent alloués (prime et jours de récupération proche du réel). Le middle management fut blâmé car il fallait un lampiste, le plan d'actions enterré parce que le système repose sur l'exploitation des jeunes et ne peut être changé si l'on souhaite préserver les marges.

Enfin, l'alter ego de hitler fut chaleureusement remercié de sa gestion de crise. C'est pô juste.

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21 avril 2015

Les anonymous

Voici deux cas qui se sont produits pendant mon passage dans la branche conseil du Big, prouvant que la clandestinité s'anime.

Le premier est très simple : un de mes très proches collègues s'est mis en tête de faire justice en écrivant des mails anonymes. Très simplement, il a créé une boite aux lettres sur Internet et a écrit son message. J'étais en copie, comme une cinquantaine de consultants, managers, directeurs et associés d'une entité à laquelle nous étions tous rattachés. Ce monsieur tenait à s'insurger contre la gestion des évaluations annuelles.

Et notre ami se met à déblatérer, dans un message sans grande cohérence, un argumentaire maladroit et légèrement indigne d'un véritable consultant ! Là où il aurait pu écrire un message anonyme factuel - pratique controversée, mais quand on n'a que ça – il s'est fendu d'une attaque sur l'incapacité du management à défendre les consultants lors des sacro-saints "comités d'évaluation" et sur leurs manières d'être ramollis des parties génitales. Je n'ai d'ailleurs jamais compris ceux qui parlaient du pénis et des testicules des autres comme s'ils souhaitaient vraiment y fourrer les mains.

Son discours n'a plu à personne : ni à ceux qu'il visait (des petits associés qui n'étaient que des lampistes), ni aux consultants mis en copie et comme impliqués malgré eux dans sa tribune libre.

Son style si personnel a tout de suite été détecté par l'équipe en charge des investigations et de la répression des fraudes. Ce sont en effet des spécialistes des enquêtes, intervenant pour déterminer quelles malversations ont pu être menées au sein d'une entreprise, par des personnes ayant en général des responsabilités sensibles. Notre ami et ex-collègue a été confondu par ses tournures de phrases bien particulières (son style, en quelque sorte) lors d'un rapprochement avec des e-mails qu'il avait envoyés. Il a été convoqué et licencié dans la foulée. Le Big paiera dans deux ou trois ans une modique somme après un petit procès aux prud'hommes, mais rien de bien grave pour les finances de nos amis.

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14 avril 2015

Un mec worldwide

S'il y a bien un truc important pour la firme, c'est le réseau. En effet, la firme n'est pas une multinationale ayant ses ramifications dans tous les pays de la planète. Non, ses dizaines de milliers de salariés font en fait partie d'un « réseau » d'entreprises juridiquement décorrélées. Vous avez compris, une fois de plus : la gestion des risques ! S'il arrivait une mésaventure dans un pays entrainant la chute de la « succursale » de la firme, les autres ne seraient pas juridiquement solidaires et leur survie ne serait ainsi pas en danger.

Il n'en reste pas moins que la véritable prise d'envergure, pour un associé ou un apprenti (à-)sorcier, est la montée en puissance au niveau international. Il faut s'agiter, se montrer dans les comités transverses, être le fer de lance, en France, d'une nouvelle stratégie décidée par un « board » global. On dit ainsi qu'un sujet est « worldwide », c'est à dire de portée mondiale. Ainsi, un responsable siégeant dans un comité au niveau transverse « monde » a-t-il une envergure mondiale. On dit qu'il est « worldwide ».

« Ce mec est worldwide, tu ne te rends pas compte ! Il a un poids phénoménal, tu ne peux pas négliger ça. Travailler pour lui, c'est pouvoir grimper les steps de la firme et gagner en frime !

C'est en effet un anglicisme un peu barbare, mais on n'a pas trouvé mieux pour faire bien, anglo-saxon, pour être branché et pour acquérir aussi, lorsqu'on imite les grands qui ont un véritable métier avec des responsabilités, une renommée « worldwide ».

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07 avril 2015

Placide et museaux

En fin d'après-midi de ma première journée, ils ont été deux ou trois à m'accueillir avec des museaux de requins qui n'auraient pas vu les limites de leur aquarium et en auraient heurté à maintes reprises les vitres épaisses. Vu la taille de leur cerveau et leur programmation innée de tueurs, ils m'ont tout de suite calibré en tous sens pour savoir ce qu'ils pouvaient croquer sur mon dos. L'un d'eux employait des mots incompréhensibles et avait un rictus condescendant dès que je lui demandais des explications – ce que je ne faisais pas à chaque fois. « L'homologation d'applications ? C'est la recette qu'on réalise suite à l'intégration et avant de prononcer VABF et VSR. Je dois comprendre que tu n'as pas eu l'occasion d'en faire ? »

J'ai heureusement été contacté par un autre, puis un dernier dans la journée. J'ai passé une multitude d'entretiens. L'un d'eux, qui avait l'âge de l'ainé de mes cousins, m'appelait "mon grand" à tout bout de champ. Ce ton paternaliste me plaisait bien au début, du moins tant que ce Directeur me paraissait horriblement vieux par rapport à moi. J'ai fini par trouver que, tout grand chef qu'il se la jouait, ce positionnement devenait vite agaçant.

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