La réunion commence avec une demi-heure de retard et je suis placé au fond pour admirer les styles de ceux qui défilent, encore plus en retard. Il y a l’essoufflé surchargé de travail et accablé par la charge de son PC, il y a le calme qui fait semblant d’assurer, il y a aussi celui qui fait semblant de revenir d’une pause cigarette à l’extérieur.

hitler a entamé son monologue de présentation des chiffres. On ne parle que des noms des consultants – haut gradés - arrivés et jamais de ceux qui partent ; on annonce un chiffre d’affaire et une marge, un prévisionnel et on est réaliste sur la qualité des chiffres pour fournir les orientations : il va falloir se retrousser les manches et donner encore plus.

Viennent enfin les questions. hitler laisse la réponse à d’autres associés qui co-animent la réunion lorsque le sujet n’est pas trop sensible. Il rajoute toujours une petite touche pour avoir le dernier mot. Lorsque le sujet est bien sensible, du genre « quel sera le niveau de bonus cette année ? », hitler garde la main et joue à deux vitesses (de Hummer).

Premier mode : deux roues motrices. « Les associés seront les premiers à se serrer la ceinture » (traduire : les associés garderont leur niveau de rémunération et il va falloir presser le citron des consultants pour conserver un tel niveau somptuaire).

Deuxième mode : six roues motrices pour mieux écrabouiller les minables. « Je vous rappelle que c’est à vous d’aller au-devant du client, de détecter les opportunités et de nous les remonter, de véhiculer l’image de la firme, bla bla bla ». Traduction : arrêtez donc d’être si humains et devenez des robots. Si je pouvais tous vous remplacer par des clones de mon auguste personne, ce serait bien mieux.