Comment peut-on facturer aussi cher un client en lui plaçant des personnes aussi jeunes sur les missions qu'il nous confie, me demanderez-vous ? En ne fournissant que des têtes bien faites et bien pleines qui sauront vite s'adpater à la situation. Apprendre toutes les postures du consultant, la retenue nécessaire, le sérieux et la capacité à parler comme un professionnel de sujets dont il ne connaissaient rien avant de monter sur la mission. Ce sont des prouesses réalisables uniquement avec des gens comme nous. Ma plus grande surprise s’est produite lorsque un client, qui paraissait bien plus âgé que mon grand-père, me posa une question complexe lors d'une entrevue où ni mon manager ni mon Partner n'avaient pu venir.

"Que croyez-vous que je doive faire ?" avait-il demandé, désemparé comme un frêle héraut venant de se prendre un coup de masse d'arme d'un chevalier teutonique, le heaume écrabouillé comme une canette de soda autour du crâne du malheureux.

Il était trop accaparé par sa question pour lire sur mon visage la stupeur et l'horreur de la situation. Comme je n'aime pas laisser un blanc dans la conversation, j'ai aussitôt commencé à échaffauder un discours qui démara très mal. M'en rendant compte et récupérant mon sang froid, je lui ai demandé d'oublier ma première phrase et me suis ressaisi. Concentré au maximum, baissant les yeux je me suis mis, tout en parlant, à penser à ce que j'allais dire par la suite. Je me suis surpassé, quoi. J'ai malheureusement été peu pertinent dans mon discours qui n'aurait pas tenu longtemps face à un consultant expérimenté.