Il y a un pauvre type qui a osé.

Il a constaté qu'il y avait vacance du poste de DP, Délégué du Personnel. Il s'est dit qu'il y avait là une excellente opportunité pour lui de devenir quelqu'un – certainement parce qu'il ne parvenait pas à devenir quelqu'un en écrabouillant les autres ou en démontrant sa capacité de travail ou de réussite. Quelqu'un qui serait élu à une large majorité et qui serait quasiment impossible à licencier. Et une belle épine dans le pied de hitler…

Il a commencé à ébruiter le fait qu'il souhaitait se présenter. Oh, pas trop à l'avance, pour éviter d'avoir trop de concurrence. Il n'en a parlé qu'à quelques amis. Dans cette société où personne ne se parle, vous ne savez pas à quelle vitesse vont les bruits qui doivent se savoir. Il n'en reste pas moins que ce monsieur bien maladroit a commencé à se renseigner sur la marche à suivre pour faire procéder à un scrutin.

Deux jours plus tard, notre ami a fait un tour dans le bureau de hitler. Vous savez que hitler c'est notre guide suprême, celui qui nous hurle dessus et demande ensuite pourquoi personne ne pose de questions à l'issue de ses allocutions, celui qui détruit ceux qui ont des initiatives qui sortent de ses lignes directrices.

C'est hitler en personne qui l'a convoqué, ce n'est pas le pauvre DP en impuissance qui a été frapper à sa porte faussement "toujours ouverte". Personne ne sait ce qu'ils se sont dits. Les assistantes et les consultants amassés malgré eux sur les bureaux mitoyens n'ont même strictement rien entendu alors que d'habitude le ton de hitler peut s'enflammer.

Tout le monde a vu sortir le pauvre homme, la mine déconfite. Personne n'a pu l'interroger par la suite car il s'est mis en arrêt maladie pour trois semaines et n'a plus jamais reparlé de ses velléités de reconnaissance.

Avant cette histoire et, a fortiori, depuis cette histoire, personne n'a jamais souhaité devenir DP.

Quelques mois après son retour de congé maladie, notre ami a envoyé à tous un gentil mail indiquant qu'il quittait la société, sans préciser si le coup de pied qui l'a poussé était très doux ou bien vigoureux... et un peu profond !