Quand on manoeuvre un navire, il faut être habile. Sinon, c'est au mieux l'échouage sur une plage déserte, au pire une étrave déchirée par des rochers recouverts d'eau. Dans une carrière c'est pareil, on a droit à plusieurs bateaux mais il est préférable de démontrer qu'on manoeuvre habilement.

Dans notre big, il y a de véritables navires-prisons. Un petit mousse grattait bien le pont, courbé et briquant sous l'oeil lubrique d'un officier le bois qui avait déjà été nettoyé mille fois. Il en avait marre et espérait meilleur avenir. Sorti parmi les meilleurs de sa promo de l'école de Marine, il s'était retrouvé à cette place peu enviable malgré toutes ses protestations. Son capaitaine l'avait recruté et comptait bien le tester, le former et l'utiliser au mieux pour assurer une rentabilité phénoménale à son navire.

Le petit mousse, un peu têtu, impatient et peu respectueux des codes de conduite, a profité d'un passage au port pour tisser des liens avec le capitaine d'un autre navire. Ce dernier le trouvant fort bien et persuadé qu'il pourrait utiliser au mieux ses compétences acquises à l'école, lui proposa de le rejoindre sur son beau bateau. Il y eut une entrevue entre les deux capitaines pour parler affaires et organiser un transfert du mousse sur le nouveau bateau. Son capitaine ne l'entendit pas de cette oreille et en prit ombrage.

Que croyez-vous qu'il fit ? Il fit parvenir un message au petit mousse, lui demandant de ne pas revenir sur son bateau et de quitter séance tenante le port à la nage. Aucun bateau de la compagnie – ou plutôt de la firme – ne l'accueillerait plus. On lui balança ses affaires dans l'eau grisâtre du port et il put récupérer ses frusques juste avant de quitter la contrée.

C'est ce qui fut fait, ça ne rigole pas dans la marine !